Les premiers pas d’une médecine genrée 

En 2021, sortait en France le livre d’une pionnière de la santé féminine aux Etats-Unis. Elle y creusait les effets multiples d’une médecine beaucoup trop centrée sur les hommes et qui de fait, met en péril des millions de femmes face aux AVC, cancers et maladies cardiaques.

Le Sexe de la santé. Alyson Mc Gregor (trad. de l’américain par Hélène Colombeau), Préface de Muriel Salle, Erès, 260 p., 20 €. Paru novembre 2021.

Médecin urgentiste, Alyson J. McGregor est aussi une pionnière aux Etats-Unis de la santé féminine. Ses intuitions et ses observations sur le terrain ont peu à peu cristallisé une idée force : la santé est androcentrée. Or cet androcentrisme du modèle médical n’est pas sans conséquence sur la santé, voire la vie, de millions de femmes. Concrètement, « en tant que femme, vous avez plus de risques d’être victime d’erreurs ou de retards  de diagnostic, de recevoir des traitements inadaptés et de subir des complications pour des problèmes médicaux courants » pointe l’autrice. Le cœur de ce qui suscite une crise systémique sanitaire est un impensé du savoir médical et qui s’est répandu de la recherche à l’enseignement et l’action :  Hommes et femmes sont composés d’un ensemble différent de chromosomes sexuels– une partie de l’ADN – et d’hormones sexuelles. Cette différenciation influence le fonctionnement des organes, la sensibilité aux infections, le métabolisme des médicaments, les facteurs de risque aux maladies cardiaques, AVC et cancers. Aux urgences, elle recevait des femmes dont on ne détectait pas un AVC ou une crise cardiaque, car les comportements masculins en la matière constituent encore largement le standard du diagnostic.

Ainsi le tako-tsubo, ou « syndrôme du cœur brisé »,  qui touche principalement les femmes n’est pas assez connu des médecins.

Sous-étudiées, sous-représentées, y compris les femmes enceintes, âgées ou de couleur, elles ne sont pas intégrées dans les études et essais cliniques qui ne prennent pas en considération « les différences sexuelles comme variable ».

Il y a encore quelques années, ses idées et prises de position n’étaient pas prises au sérieux. Souvenir cuisant d’un amphithéâtre totalement vide lorsque l’enseignante-chercheuse se proposa d’exposer sa « Recherche sur la santé des femmes et les spécificités de genre en médecine d’urgence ».  Échaudée, elle a créé depuis un collectif  d’influence autour des questions de sexe, de genre et de santé féminine.  Celui-ci entend peser sur les publications, les budgets de recherche, la formation et les débats publics.  

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