La bande dessinée fait des bulles de mémoire

Le mémorial du Mont-Valérien a organisé une rencontre professionnelle de réflexions et d’échanges sur la transmission de l’Histoire et de la mémoire nationale par les récits dessinés.  

Un mini-festival de BD au mémorial du Mont-Valérien, sur les hauteurs de Suresnes, ce mercredi 21 mai ? Certes, il y eût des dédicaces d’albums mais pas que cela. Co-organisée par le mémorial  et la médiathèque de Suresnes, cette journée fut plutôt studieuse avec ateliers et échanges, réflexions et conférences. Le casting était aussi varié que représentatif : .Jean David Morvan alias « le Taulier », scénariste gargantuesque entre autres de la série Madeleine [Riffaud] ou de l’Armée des ombres (Dupuis)], mais aussi Emile Bravo,(auteur de la magnifique série du Jeune Spirou) , Victor Matet (France Info), Christelle Pissavy-Yvernault,(ex-libraire, éditrice et biographe),  Didier Pasamonik (ActuaBD), Fabrice Erre (prof d’histoire-géo et bédéaste), Olivier Jalabert (libraire et éditeur chez Glénat comics), Nathalie Marsaa,(directrice de l’Onac-vg de l’Hérault et chargée de projets mémoriels),  Anaïs Depommier (bédéaste, co-autrice du biopic Sartre), Jérôme Meyer-Bisch  (illustrateur jeunesse) et moi-même ( médiateur culturel et critique BD). L’objectif était de s’interroger sur le succès grandissant de la bande dessinée d’histoire. Comment chacune et chacun d’entre nous, percevions au-delà du marché, cette production industrielle d’œuvres dessinées de mémoire. En quelques années, après la SF et le polar, les éditeurs « profanes » ont découvert toute l’attraction de la bande dessinée, et les biopics et récits  foisonnent désormais bien au-delà du cercle des éditeurs spécialisés. Pour le meilleur et le pire.

Modérée par Didier Pasamonik, j’étais convié à une table ronde portant sur l’usage de la bande dessinée et de la littérature jeunesse à des fins pédagogiques et de formation. Aux côtés de Nathalie Marsaa,. nous avons profité du moment pour mettre en lumière les actions menées par le ministère des Armées, via son ministère délégué à la mémoire et aux anciens combattants et l’Onac-Vg (Office NAtional des combattants et victimes de guerre): Coopérations avec l’Education Nationale, avec l’Académie Brassart Delcourt, et grand concours annuel auprès des primaires comme des lycées, « Bulles de mémoire ». Depuis 2011, ce concours sollicite  les jeunes (qu’ils soient scolarisés ou non, qu’ils travaillent dans le cadre de la classe, chez eux ou au sein d’une structure associative) à réfléchir sur l’héritage des grands conflits contemporains dans la société d’aujourd’hui. Le ou les auteurs en herbe doivent pour cela créer de A à Z (scénario, dessin, dialogues, etc.) une bande dessinée dont le thème est défini chaque année. Cette année, il portait sur les hommes et les animaux dans la guerre.  Le concours encourage les jeunes auteurs à « travailler la mémoire » avec créativité, spontanéité et émotion tout en se documentant. 

Expression efficace, populaire, peu coûteuse, la bande dessinée est probablement aujourd’hui le support pédagogique le plus utilisé par les professionnels du monde de la mémoire. Nombres de sites mémoriaux proposent désormais ses ateliers BD pour répondre à la demande. Ils permettent l’analyse des choix graphiques ou scénaristiques, la maitrise d’une narration, la limpidité d’un récit, et la récompense d’une œuvre conçue sur-place. Le plus étonnant du phénomène est que l’on semble intarissable aujourd’hui sur ses vertus, alors qu’elle accumule pourtant ses bulles de noblesse depuis des décennies :  La Bête est morte, signé Calvo, l’œuvre monumentale de Tardi sur 14-18 ou encore, l’immense roman graphique Maus de Spiegelman (Prix Puilitzer 1992), versé au patrimoine de la littérature mondiale, autant de chefs d’œuvre nés d’un crayon et du papier.

A. D-B