Laurent Tirard, « une absence poétique »

Un hommage de l’écrivain Denis Parent au cinéaste disparu au mois d’août ( Molière, Le Petit Nicolas, Astérix et Obélix : au service  de sa Majesté). Compte FaceBook, posté le 6 septembre 2024.

PHOTO LAURENT TIRARD. Source : Babelio

« Laurent Tirard avait un petit bureau à angle droit du mien à l’annexe de Studio Magazine (dont les bureaux à l’époque étaient devenus trop petits). Ce devait être en 1991, si mes souvenirs sont bons. Il travaillait sur son ordinateur perso qui ressemblait à une boîte à café, un des premiers Mac de bureau. Je suis américain, ça voulait dire. Moi j’avais le modèle maison, l’équivalent d’un char soviétique T52, je me demande même si je n’étais pas encore à la machine électrique avec ces coups de boules furieux que donnait la bête à la pauvre feuille de papier. 

Lui et moi on parlait de Woody Allen et de la Californie. On s’aimait bien, en tout cas moi je l’aimais bien. Pudiques tous les deux, on était précautionneux avec les amitiés viriles. C’était un styliste, une vrai belle plume avec une forme d’humour british. Je me demande si je n’étais pas un peu jaloux. 

Il y a des phrases qui restent coincées dans la soupente de nos vies. En sortant de la projection de Jurassic Park, Laurent qui était un Spiebergien assumé ( à une époque où la critique française en pantalon de velours faisait encore la fine bouche) , Laurent a dit : “c’est le premier film avec une poursuite en voiture dans un arbre”. Ca m’est resté, j’ai trouvé la formule définitive. 

J’étais un peu arrogant par timidité, Laurent était généreux par modestie. J’avais 13 ans de plus que lui, j’étais quasiment un oncle. Je ne m’en rendais pas compte, lui sans doute que si. Avec le temps, j’ai la sensation qu’on a évité des tas d’amitiés par embarras, par paresse, par velléité. Mais chacun sait que quand on fait un détour, on ne retrouve jamais la route principale. J’ai admiré Laurent Tirard parce qu’il avait une absence absolument poétique.

Hier je songeais que c’était le deuxième membre de l’équipe historique de Studio Magazine qui partait en projection privée définitive. Après Loïc Marek qui était photographe. Ca m’a fait penser à un de ces films qu’on aimait beaucoup comme des gamins avec des lance-pierres dans les poches : les 7 mercenaires. Qui meurt en premier et surtout qui va mourir en dernier ? Les douze salopards plutôt, l’équipe était un peu plus nombreuse… Je n’ai pas osé m’aventurer plus loin et opérer le casting de qui était qui… See you soon Laurent. »